Jean-Marc Philippe
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Comité mondial de l'art spatial : document de travail

Jean-Marc Philippe

Document de travail dactylographié (7 pages) remis à la commission d'experts réunie le 3 novembre 1986 à la Maison de l'UNESCO, à Paris.

Voir : Art spatial, La Grande Roue Céleste

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DOCUMENT DE TRAVAIL DESTINE à LA COMMISSION D'EXPERTS REUNIS LE 3 NOVEMBRE 1986 A LA MAISON DE L'UNESCO, SALLE IV A 16 HEURES, EN VUE D'EXAMINER L'OPPORTUNITE DE CREER UN "COMITE MONDIAL DE L'ART SPATIAL"

A l'image des Pyramides et des Cathédrales, l'Art Spatial peut prétendre devenir le phare et le symbole de notre époque.

Les enjeux qu'il implique ( plus de 5 milliards de spectateurs, l'utilisation des technologies de pointe, un budget issu de la collectivité humaine ) imposent des modalités de gestion / appel d'idées / mise en oeuvre, particulièrement responsable et transparentes.

Une structure inédite, gérée par un Comité d'Ethique, serait à créer de toute pièce, structure qui pour la première fois pourrait déboucher sur une participation / concertation / consultation / consensus planétaires, rendant compte d'un véritable point de vue global de gestion de la Terre et de son Humanité.

Dans ce tournant de civilisation, où les structures classiques de décisions semblent de moins en moins aptes à rendre compte de la nouvelle perception culturelle globale de la Terre et des exigences qui lui sont associées, la structure proposée pour la gestion de l'Art Spatial pourrait faire date et référence.

Ordre du jour :

  • 1 - L'Art Spatial : enjeux et détournements
  • 2 - Structure de gestion de l'Art Spatial
  • 3 - Vers la création d'un comité d'éthique
  • 4 - Conclusion

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I - LA CONQUETE SPATIALE : SYMBOLE DE CIVILISATION ET CATALYSEUR CULTUREL

Elément phare représentatif et significatif de notre capacité de Savoir-Faire en cette deuxième moitié du XXe siècle, la conquête spatiale a induit depuis 1959 (premier spoutnik) une composante culturelle spécifique à l'époque.

Outre l'acquis scientifique inhérent à cette conquête, il en est résulté en 25 années de développement, dont le premier pas de l'homme sur la lune :

  • une perception inédite de la notion même d'Espace :
  • dans son approche conceptuelle et philosophique,
  • dans sa pratique scientifique.
  • une perception inédite aussi de la Terre révélée de l'extérieur, de façon objective.

Au travers notamment, d'images particulièrement prégnantes et largement diffusées par tous les moyens médiatiques modernes, une respiration culturelle caractéristique s'est mise en place. Un nouvel imaginaire dont nous sommes maintenant tous porteurs et des archétypes propres se sont installés. En particulier, il n'est dorénavant plus possible d'appréhender la planète sous des angles n'impliquant que le "local", il nous faut à présent y intégrer la dimension du "global".

La conquête spatiale nous a donc permis une RE-DECOUVERTE de la planète, engageant des déplacements de point de vue, et, des interrogations inévitables sont à prévoir concernant nos références et les traditions qui nous dirigent et qui nous gouvernent.

Une telle situation de fait, aussi essentielle que la découverte de Galilée en son temps, nous met face à une nouvelle forme d'exigence. Il y a là une opportunité à saisir car il est rare dans l'histoire d'une civilisation de rencontrer un tel élargissement perceptuel dont les conséquences peuvent être décisives sur l'avenir de l'Humanité eu égard -en particulier- à son management militaire actuel et à la politique de gestion des ressources de la planète comme à ses pratiques économiques.

On pourrait donc souhaiter par un acte exemplaire, ayant valeur de symbole, rendre compte et affirmer cette prise de conscience globale et ce nouveau sens de responsabilité inhérent, en mettant en application -pour la 1ère fois au service de cet acte- un principe de consensus planétaire et de concertation globale, susceptible de faire date et référence.

La rencontre du champ de perception issu de la conquête spatiale et du champ relevant de l'invention artistique peut fournir cette opportunité unique, par le biais de l'Art spatial.

II - L'ART SPATIAL

Niels BOHR : "L'art exprime instantanément une totalité de situation"

Depuis une dizaine d'années, des institutions ou des hommes -ingénieurs, chercheurs, artistes, sensibles à cette nouvelle émanation culturelle ont imaginé des projets :

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Etoiles artificielles, fixes ou mobiles, Anneau d'étoiles artificielles, lunes artificielles, artefacts lumineux sur la face "cachée de la lune"... Des dossiers ont traité du potentiel artistique de l'espace, des expositions y ont été consacrées, des émissions de télévision aussi, des conférences en ont été averties (Conférence Européenne de Philosophie, Sommet Culturel Franco-Japonais...).

Effectivement, le Savoir-Faire technologique permet aujourd'hui à l'Homme de pouvoir inscrire sur fond de ciel ou de firmament sa présence par un "signe" de la sorte.

Rappel : Parmi les oeuvres magistrales appartenant au patrimoine humain, beaucoup ont été réalisées du fait de la mise à la disposition de l'imagination artistique les procédés techniques les plus sophistiqués de l'époque. Ces oeuvres, en particulier, sont restées et se sont affirmées comme étant de véritables mémoires tangibles de notre passé. Ainsi des Pyramides, de la Grande Muraille de Chine, des Cathédrales... Et aujourd'hui, ces oeuvres semblent bien contenir et nous transmettre, l'idée de leur propre désir ou de leur propre énigme, ainsi que faire appel au regard de l'esprit.

III - L'ART SPATIAL ET SA MISE EN OEUVRE : L'EXEMPLE MEME D'UN CHANGEMENT D'ECHELLE DE L'EXPRESSION ARTISTIQUE ET D'UNE NOUVELLE FORME DE RESPONSABILITE ASSOCIEE

LES ENJEUX DE L'ART SPATIAL

L'Art Spatial par son champ d'application et par les moyens mis en jeu implique un changement radical d'échelle. Son ambition est considérable car, outre le spectacle offert, réveillant et mettant en résonance les mythes les plus ancestraux ancrés dans nos inconscients collectifs, il engage :

  • Une tribune, qui n'est autre que la Terre toute entière, sur les gradins de laquelle se trouvent 5 milliards d'êtres humains obligatoirement concernés,
  • Un Savoir-Faire technologique reposant sur le résultat du travail et de l'engagement de plusieurs générations d'ingénieurs et de chercheurs,
  • des moyens financiers issus de la collectivité,
  • une volonté de mise en oeuvre.

Il propose :

  • Une esthétique à l'échelle planétaire qui, convenablement gérée pourrait être un véritable signe de civilisation, susceptible d'exprimer de façon sensible et de révéler par ce biais ce qui a été intégré en première page de cette note : une prise de conscience généralisée de l'ensemble Terre/humanité.

CONSEQUENCE DE CES ENJEUX : LES MISES EN GARDE

A l'énoncé des enjeux qui précèdent, des précautions s'imposent afin de ne pas gâcher la rare opportunité que l'Art Spatial recèle. En particulier :

  • il serait inconvenant et consternant que l'Art Spatial soit utilisé comme un moyen unilatérale de propagande culturelle ou d'affirmation idéologique imposé par telle ou telle Nation -celles qui en ont les moyens techniques- à la face du reste du monde.

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  • il serait encore plus navrant que la première mise en oeuvre de l'Art Spatial ne fasse que concrétiser l'efficacité de quelques multinationales, groupements financiers ou groupements d'intérêts privés ou occasionnels, dans une mise en valeur artificielle et démesurée de ceux-ci.
  • il serait aussi confondant qu'un projet de ce type simpliste et fallacieux, sous prétexte de faisabilité rapide et opportune soit propulsé dans l'espace.

Remarque : il va de soi, à l'image des cathédrales, anonymes, qu'aucun nom d'institution ou d'artiste ne saurait être apposé à une réalisation d'Art Spatial, dans la mesure précisément où ces idées émanent directement de la mise en place de la nouvelle perception culturelle induite par la conquête spatiale.

IV - VERS LA CREATION D'UN COMITE POUR UNE ETHIQUE DE L'UTILISATION DE L'ESPACE A DES FINS ARTISTIQUES

BUT ET VOCATION DE CE COMITE

  • Faire de la 1ère réalisation d'Art Spatial une FETE COLLECTIVE à l'échelle de la planète.
  • Assurer dans ce domaine encore vierge, la mise en oeuvre d'un concept mature et porteur, issu d'une consultation mondiale et d'un consensus planétaire.
  • Proposer une structure -internationale et pluriculturelle- garantissant une gestion responsable de l'Art Spatial, structure basée au siège de l'Académie Européenne des Sciences, des Arts et des Lettres à Paris.

INTENTIONS ET PROPOSITIONS

1 - Par une action médiatique mondiale concertée, impliquant : télévision, radio, presse écrite (sous toutes ses formes, dont revue internationale de type UNESCO), faisant appel aussi aux structures universitaires et scolaires locales :

  • Faire connaître les enjeux et les intentions de l'Art Spatial,
  • Créer sur le plan planétaire les conditions optimales d'un véritable challenge avec appel d'idées.

2 - Regroupement de toutes les idées et concepts tenant de l'Art Spatial :

  • Recensement des projets actuels préexistants qui, souvent, se recoupent et parfois s'ignorent : ex : il existe de nombreux projets correspondant à des satellites de type réflecteur en orbite basse : USA, URSS, EUROPE.
  • Réception des nouveaux projets issus de la consultation selon le point 1.

3 - Examen de tous les projets par un Conseil Technique restreint :

  • Synthèse : classification par tendance,
  • Fusion éventuelle de projets complémentaires.

4 - Identification et définition des Projets principaux résultant de la synthèse précédente.

  • Etablissement des cahiers des charges correspondants.

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5 - Distribution des cahiers des charges auprès des différents organismes internationaux concernés (agences spatiales, institutions, industries, laboratoires de recherche).

  • Etude de faisabilité, coût, délais, date de mise en oeuvre.

N.B. : différents contacts établis laissent augurer que dans le contexte de cette forme de mise en application de l'Art Spatial, ces études pourraient être fournies gracieusement.

6 - Mise en simulation effective en PLANETARIUM des principaux projets.

7 - Etudes et enquêtes parallèles sur les incidences pratiques de la mise en espace éventuelle de ces projets dans les différents compartiments du savoir humain :

ex :

  • Astronomie, Astrophysique : consultation des associations représentatives,
  • Ornithologie : conséquence d'un artefact lumineux artificiel sur la migration des oiseaux,
  • Sciences humaines : impact et antimonie éventuelle auprès de populations primitives -remèdes et prévention.

8 - Nouvelle action médiatique à l'échelle mondiale : référendum planétaire concernant les principaux projets restants en compétition :

  • Désignation du projet ainsi retenu par plébiscite.

9 - Consultation des principales agences spatiales mondiales :

  • Choix de la date de mise en oeuvre.

10 - Mise en espace du projet plébiscité :

  • La première Fête globale, à l'échelle planétaire.

Rappel : un tel projet ne saurait être accompagné d'une "signature" pas plus individuelle que de firme industrielle, que d'institution ou encore de Nation ; son SENS même s'inscrivant dans l'idée d'une oeuvre "des Hommes aux Hommes".

LES DIFFERENTES HYPOTHESES DE FINANCEMENT

Si l'on accepte de jouer la carte d'une gestion particulièrement innovante et responsable de la Terre et de son Humanité à travers l'Art Spatial, une proposition de financement s'impose d'elle-même, qui pourra dans un premier réflexe issu de la tradition sembler tenir de la gageure auprès des responsables des institutions, mais qui, eu égard à un certain sens du "grave", ne pourrait que déclencher une véritable adhésion populaire, confortant ainsi les actions médiatiques précédemment évoquées.

  • cette première proposition voudrait qu'il soit demandé aux différents peuples et nations, de s'acquitter du coût du projet d'Art Spatial plébiscité, par un prélèvement, identique en pourcentage, pris sur les budgets militaires des différents pays.

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Rappel : chaque minute qui s'écoule, au nom de l'effort militaire mondial, coûte 1 300 000 $ à la planète. Le développement de ces recherches et de ces engagements est responsable en particulier de l'incertitude de la durée de vie de notre civilisation. Devant cette menace, il est actuellement envisagé de mettre en orbite un satellite qui contiendrait les moments les plus importants de l'humanité, ses oeuvres les plus marquantes, les éléments de son savoir acquis, de sorte que, quoiqu'il arrive, la "mémoire de l'humanité" soit sauvée !

Les premières estimations, des coûts d'un projet d'Art Spatial indiquent qu'ils ne correspondraient qu'à quelques heures annuelles de l'enveloppe des dépenses militaires mondiales, heures réparties sur plusieurs années.

Si toutefois la maturité des esprits et des consciences s'avérait cependant incrédule face à la précédente proposition, d'autres configurations de financement pourraient s'y substituer :

  • prélèvements, identiques en pourcentage pour tous les pays, effectués au prorata du produit national brut de chacun d'entre eux.
  • action concertée impliquant les institutions internationales publiques et privées : ministères culturels, fondations publiques ou privées.

Remarque : dans un souci de participation effective des différents peuples et ethnies de la Terre, les populations de type aborigènes, par exemple, seraient invitées à un engagement sous forme d'un don symbolique, concrétisant par ce geste leur implication.

V - L'ART SPATIAL, UNE OPPORTUNITE UNIQUE A SAISIR, POUVANT FAIRE DATE ET REFERENCE

Dans un moment de civilisation où la Terre plus que jamais manque d'ambition et de projet, manque encore plus de point de convergence d'action faisant appel à l'espoir collectif, et à cette "autre chose" non encore nommée... l'enthousiasme peut-être, l'Art Spatial dans la gestion qui vient d'en être proposé offre une opportunité unique susceptible

  • de satisfaire toutes les parties et les points de vue, qu'ils soient culturels ou politiques,
  • d'augurer une dynamique inédite de comportement dans une optique de gestion collective impliquant de la part des Hommes une prise de conscience globale, et,
  • de les rassembler par l'exercice d'une pratique qui leur est universelle : l'ART,
  • de redonner à cette composante essentielle -l'Art- une dimension mentale quotidienne, une dimension physique à l'échelle de leur Savoir-Faire le plus actuel et une dimension Historique sans référence,
  • de proposer du fait de son accomplissement un nouveau sens aux technologies qui se recherchent des finalités non encore trouvées,
  • d'exalter l'idée de l'Homme et de ses capacités,
  • de laisser présager de quelque idéal proche non encore formulé,
  • d'offrir un motif d'engouement planétaire et l'occasion d'une fête mondiale.

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Une telle conjonction est rare et, aucune autre action de remplacement de quelque nature que ce soit, aussi loin que l'on porte son regard, ne saurait être aussi révélatrice et symbolique : il y a là une occasion unique à ne pas gâcher.

Une décision politique au niveau des différents gouvernements et au niveau des Directions des différentes Agences Spatiales mondiales pourrait être prise rapidement afin qu'un accord de principe soit très prochainement signé et qu'aucune initiative n'engageant qu'un intérêt de type local (commémoration, centenaire, acte de propagande culturel ou commercial ou à vocation publicitaire...) ne puisse impunément déflorer une telle potentialité.

Enfin, on peut souhaiter et penser qu'une telle mise en oeuvre du premier concept d'Art Spatial, associé à une éthique rigoureuse, selon le protocole décrit dans cette note, pourrait faire date et référence en cet instant de civilisation où les structures classiques de décision semblent de moins en moins aptes à rendre compte de la nouvelle situation culturelle liée à une perception globale de la Terre. L'Art Spatial, ici encore, serait exemplaire, peut-être même prémonitoire.

Jean-Marc PHILIPPE

Transcription d'après l'édition originale (archives Jean-Marc Philippe). © Jean-Marc Philippe / ayants droit.